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Les Plantes Toxiques

Certaines plantes sont dangereuses par simple action mécanique d’épines, d’autres le sont par des constituants toxiques, auxquels d’ailleurs, les diverses espèces animales et l’homme ne réagissent pas toujours de la même façon.

Il a été remarqué que ces intoxications avaient  un caractère saisonnier : l’été et surtout l’automne, au moment de la fructification.

Circonstances d’intoxications par les plantes

2,8 % des intoxications recensées par le CAP (centre antipoison), 6ème cause d’intoxication essentiellement des enfants (1-10 ans). Ces accidents sont dus à la gourmandise et à la curiosité.  Les adultes s’intoxiquent aussi surtout accidentellement :

  • Erreurs en rapport avec un usage alimentaire.
  • Erreurs en rapport avec un usage médical.
  • Toxicité par simple contact (Dermatites irritatives et/ou allergique).

L’évolution Souvent favorable. Troubles mineurs, principalement digestifs. Cependant, on retiendra la toxicité de certaines plantes : Chardon à glue.

Conduite à tenir lors d’une intoxication par une plante

Souvent le médecin est consulté lors de l’apparition de symptômes l’appel du CAP est donc  indispensable. Il faut pouvoir répondre à cinq questions :

1) Qui ?  (Enfant (âge, poids, dentition..), Adulte (âge, suicide, pari, toxicomanie).

2) Quoi ?

  • La plante est identifiée : il faut rapidement connaître sa toxicité et la communiquer au médecin.
  • Le plus souvent, la plante est mal connue par l’entourage de la victime ou sous une dénomination populaire (se méfier de l’identification qui donne parfois un mauvais nom)
  • La plante est non identifiée, les débris végétaux devront être présentés à un botaniste, un pharmacien, un horticulteur, un centre anti-poisons. Souvent l’identification exacte du végétal est remise à plus tard alors que des mesures thérapeutiques doivent être mises en route sans tarder.

3) Combien ? (difficile mais indices : surface de la feuille ingère, nombre de graine restants).

4) Quand ? (heure d’ingestion, délai depuis le dernier repas, délai d’apparition des symptômes)

5) Quels sont les symptômes? (orientation)

Enfin, connaissant la toxicologie, le CAP pourra parfois découvrir une autre cause aux troubles décrits tels que présence de pesticides sur certains végétaux.

Classification

Classification selon la partie toxique

  • Plantes toxiques par toutes leurs parties (ex : Colchique).
  • Plantes toxiques par leur rhizome, bulbe, tubercule (ex : Chardon à glu).
  • Plantes toxiques par leurs feuilles, tiges (ex : Grande ciguë).
  • Plantes toxiques par leurs écorces (ex : If).
  • Plantes toxiques par leurs fruits/baies (ex : Douce-amère).
  • Plantes toxiques par leurs fruits secs (ex : Ricin).

Classification selon la toxicité

Plantes atoxiques : laurier-sauce, passiflore, poivrier d’Amérique,…

Plantes faiblement toxiques : >10 baies=troubles digestifs mineurs isolés : aubépine, pommier d’amour,..

Plantes moyennement toxiques :

– En faible quantité = troubles digestifs banaux, isolés, inconstants.

– Au-delà de 10 baies = symptomatologie extra-digestive : amande amère, laurier-cerise, muguet.

Plantes fortement toxiques : peuvent entraîner une intoxication sévère. L’ingestion nécessite toujours une hospitalisation. Ex : belladone, redoul, if, aconit, chardon à glu, colchique, datura, ricin, laurier-rose.

Classification selon le principe actif

Les végétaux ont un métabolisme particulier leur permettant, selon les genres, les espèces, voir les variétés, de produire des métabolites spécifiques qu’ils accumulent dans certains organes, à certains stades de développement. Ces métabolites secondaires ou « Principes actifs » de structure souvent originale, peuvent être doués d’une activité pharmacologique particulière et parfois très marquée. Ils peuvent être à l’origine de médicaments mais aussi d’une certaine dangerosité des plantes qui les renferment.

Principe toxique Plantes concernées Type de toxicité
Hétérosides Stéroïdiques Muguet, Laurier-rose, Digitale, Amandier,

chardon à glue

Cardiotoxique
Alcaloïdes Dérivés de phénanthridine Jonquille, Perce-neige, Chélidoine Émétocathartique
Noyau tropolone Colchique Émétocathartique
Diterpénique Aconit, Delphinium Cardiotoxicité
Dérivés tropane Belladone, Datura, Jusquiame Parasympatholytique
Résines, latex Dieffenbachia, Poinsettia, Euphorbe Irritant
Oxalates de calcium Dieffenbachia, Philodendron, Oreille d’éléphant Irritant
Toxine protéique Ricin, Robinier, Ciguë vireuse, Œnanthe safranée Troubles digestifs

Plantes à alcaloïdes

Ce sont des composés  azotés, aux fonctions mal élucidées. Ils s’accumulent dans divers organes des plantes : fruits chez le pavot ou la belladone, feuilles chez le tabac ou la grande ciguë…Ce sont des principes actifs très puissants qui s’utilisent à doses infinitésimales. 20% des plantes contiennent des alcaloïdes. Ils constituent une des sources les plus importantes de nos médicaments. Ex : Alcaloïdes des Solanacées (Atrop–Hyo -Scopolamine).

Datura

Nom latin : Datura stramonium,

Nom communs : herbe du diable, herbe des sorciers,

Noms vernaculaires: habala, Djaheneme,

Famille: Solanacées.

Principes actifs : toute la plante est toxique, elle contient de l’atropine, scopolamine, et hyocyamine (alcaloïde principal).

Toxicité : Action parasympatholytique très intense, inhibition des effets de l’acétylcholine sans empêcher la formation de ce transmetteur.

Symptomatologie : syndrome anticholinergique : avec des signes neuropsychique très important :

  • excitation psychomotrice, hallucination visuelle avec propos incohérents.
  • angoisse, agressivité,
  • désorientation temporo spatiale,
  • mydriase, sécheresse de la bouche, tachycardie,
  • hyperthermie, rétention urinaire, nausées, vomissements,

Dans la forme grave on peut observer des convulsions, coma avec détresse respiratoire suivi d’un décès.

Traitementlavage gastrique si ingestion massive et récente. Réhydratation, calmer l’agitation par des sédatifs. Traitement symptomatique : les convulsions avec des barbituriques et/ou valium, contre le délire, on peut utiliser de la chlorpromazine et/ou une butyrophénone. Surveillance médicale est essentielle : le patient doit être mis dans une chambre calme, peu éclairée.

Belladone

Nom latin : Atropa belladonna,

Noms vernaculaires: Tidilla, Habb el fahm,

Famille: Solanacées,

Principes actifs : l’hyoscyamine et l’atropine (90 %) ainsi que la scopolamine (2 %). Toxicité, symptomatologie et traitement de même que le Datura.

Colchique

Noms vernaculaires: El bsila.

Nom commun : Le colchique d’automne,

Famille: Liliacées,

Principes : Colchicine un alcaloïde qui possède des propriétés mutagènes et antimitotiques.

Toxicité : Le colchique, bien qu’utilisée en thérapeutique est un poison bloquant la division cellulaire. L’intoxication par ingestion se manifeste par des troubles digestifs violents, des troubles sanguins et neurologiques. L’issue peut être dramatique.

Symptômes: Troubles digestifs (hypersalivation, soif intense, coliques violentes, diarrhée, vomissements, constriction laryngo-pharyngée), cardiaques (hypotension), Nerveux (paralysie) et respiratoires avec cyanose qui peuvent entraîner une mort par anoxie le lendemain ou le surlendemain, voir même 10 jours après l’intoxication.

Plantes à hétérosides

Les hétérosides sont des composés formés par l’association de glucides et de corps non sucrés, appelés aglycones. Ces corps non sucrés sont des produits d’excrétion toxiques et les glucides leur sont associés pour les neutraliser.

Comme certains de ces composés sont contenus dans les graines, on peut aussi penser qu’ils sont là comme protection contre d’éventuels consommateurs qui nuiraient à la reproduction de l’espèce.

-Ex : Atractyloside (Chardon à glu) ; Digoxoside (Digitale) ; Scillaroside (Scille rouge).

-Le laurier-cerise, l’amandier, le pêcher, l’abricotier produisent des hétérosides incluant HCN poison violent.

-Application médicale : la digitaline, cardiotonique puissant, le salicoside, précurseur de l’aspirine.

Amandes amères

 

L’amandier, arbre à fleurs blanches et roses : Il existe 02 variétés

  • Dulcis ou Amande douce.
  • Amara ou Amande amère Nom vernaculaire : Louz mour Nom commun : Amande amère Famille : Rosaceae.

Dose toxique : au-delà de 5 amandes amères.

Principes actifs : Amygdaloside : glucoside cyanogénétique.

Toxicité : Les amandes amères ainsi que les amandes d’autres rosacées (abricot, pêche…) contiennent le glucoside cyanogène, l’amygdaloside, dont l’hydrolyse libère dans l’organisme de l’acide cyanhydrique. L’ion cyanure est un poison cellulaire, il se lie au fer ferrique du cytochrome oxydase, il bloque la chaîne respiratoire mitochondriale      Anoxie cellulaire.

Symptomatologie : intoxication cyanhydrique :

Nausées, vomissements, rougeur de la face, malaise avec faiblesse, dyspnée et tachycardie. Dans les cas graves : collapsus, convulsions, coma voir décès

Traitement : Si ingestion massive et récente, faire un lavage gastrique en milieu hospitalier en protégeant les voies aériennes supérieures car risque de survenue de convulsions. Oxygénothérapie, traitement symptomatique. Traitement antidote anticyanures : doit être envisager en cas d’ingestion massive / clinique grave en soins intensifs.

On peut utiliser le Thiosulfate de Na en IV, ou Hydroxocobalamine.

Chardon à glu

Noms communs : chardon à glu, chamaéléon blanc Noms vernaculaires : El added, Chuk el eulk, ladded. Nom latin: Atractylis gummefera.

Famille: Asteraceae.

Utilisation: la racine séchée est très utilisée en médecine traditionnelle.

Principes actifs: présence de deux glucosides terpéniques bisulfates solubles dans l’eau (Atractyloside et la gummiférine) qui sont présent à des degrés différents selon la saison et la partie de la plante.

Toxicité : La respiration cellulaire est perturbée après l’inhibition de la Phosphorylation oxydative. Le toxique agirait en perturbant et en bloquant l’ensemble des systèmes de distribution d’énergie de la cellule, en particulier les mécanismes de phosphorylation oxydative au niveau des mitochondries : ADP ne peut être transformé en ATP, le cycle de Krebs est compromis.

Symptomatologie: après une période de latence de 12 à 24h (voir même 36heures) après apparaissent les premiers signes d’intoxication à type de vomissements abondants, bilieux parfois hémorragiques, diarrhées, nausées, douleurs épigastriques et une hypoglycémie, hépatite fulminante, avec nécrose hépatocellulaires et insuffisance rénale peuvent se voir avec souvent un pronostic sombre.

Traitement : Lavage gastrique même si le patient est vu tardivement, sous intubation/ ventilation en cas de troubles neurologiques.

Traitement est symptomatique selon la clinique de préférence en soins intensifs : Corriger l’hypoglycémie, l’acidose métabolique, troubles de la coagulation, surveillance de la fonction rénale.

Laurier rose

 Noms communs : laurier rose, Oléandre, Nérier à feuille de laurier,

Noms arabes : Illili, Defla,

Nom latin : Nerium oleander L,

Famille : Apocynacées.

Principes actifs : Toute la plante est toxique; les feuilles renferment 1,5% d’hétérosides cardiotoniques dont l’oléandrine, qui a la même structure que les digitaliques.

Toxicité : agissent en inhibant la Na K-adénosine triphosphatases (ATPase) membranaire.

Symptômes : L’intoxication est identique à celle des digitaliques : des troubles digestifs : nausées, vomissements, douleurs abdominales. Des troubles neurosensoriels : agitation, confusion, troubles de la vision des couleurs, des troubles cardiaques : Bradycardie, BAV, trouble du rythme.

Traitement : Si le patient est vu précocement, une évacuation gastrique est souhaitable Traitement symptomatique les signes avec une surveillance de l’ECG.

Si intoxication est sévère avec troubles cardiaques ; les anticorps antidigitaliques ont été utilisés avec succès.

Plantes à saponosides

Ex :Réglisse (Glycyrrhizine).

Autres plantes

 Ricin

Noms communs : Ricin, Palme de christ,

Noms arabes : Kharoua,

Nom latin : Ricinus communis.

Famille : Euphorbiacées.

Principes actifs : La graine renferme la ricine et un dérivé de la pyridone, et la ricinine. Ils ne sont libérés que lorsque la graine est mâchée.

Toxicité : La ricine est un poison cytotoxique qui agit en inhibant la synthèse protéique.

Symptomatologie : 15mn après l’ingestion, on peut voir apparaître des douleurs abdominales, vomissements, diarrhée (tableau de gastroentérite) qui peut aboutir à une déshydratation aigue, état de choc avec une insuffisance rénale ; convulsions et coma dans les cas graves.

Des cas d’hémolyse, hypoglycémie, atteinte hépatique et rénale, des cas d’allergie à la plante ont été signalés.

Traitement : Lavage gastrique dés que possible avec intubation ventilation si troubles neurologiques.

Traitement est symptomatique : les convulsions avec barbiturique et/ ou valium avec réhydratation et correction des troubles électrolytiques.

Oreille d’éléphant

Noms communs : Oreille d’éléphant, Masque africain, Alocascia.

Nom vernaculaire : Aden el phile.

Nom Latin :Alocasia Sp Famille: Araceae.

Principes actifs : Présence d’oxalates de calcium au niveau des feuilles et la tige.

Toxicité : Les oxalates de calcium ont un effet irritant sur les muqueuses.

Symptomatologie : Après quelques minutes, sensation de brûlure au niveau de la cavité buccale avec hypersalivation.

Dans les cas graves : on observe un oedème qui peut se généraliser à l’oropharynx et entraîner une aphonie avec troubles de la déglutition. Si la plante est déglutie, on observe un syndrome gastro- entérique avec risque de lésions corrosives.

Le contact cutané avec la sève peut donner une irritation intense.

En cas de contact oculaire avec la sève, on observe une douleur immédiate, un larmoiement et  œdème palpébral. Une atteinte de la cornée peut se voir.

Traitement: -rincer à l’eau, en cas de contact avec le latex.

  • les glaçons peuvent soulager la douleur.
  • Le traitement symptomatique avec des antalgiques pour calmer la douleur, des corticoïdes et /ou de l’antihistaminique en cas d’œdème.
  • En cas d’atteinte oculaire faire un lavage pendant 20 mn, suivi d’une consultation en ophtalmologie.
Concombre d’âne

Nom commun : Concombre d’âne.

Noms arabes : Feggus lehmir, feqqûs lehmir, âfgus bûgyûl

Nom latin: Ecballium elaterium

Famille : Curcubitacées.

Principes actifs : Curcubitacines, triterpènes tétracycliques qui sont des purgatifs et drastiques, Elaterine : violemment purgative.

Symptomatologie : Plante hépatotoxique, apparition des symptômes dans les 30mn.

Epi gastralgies violentes, anorexie, vomissements, coliques sévères, diarrhées avec selles aqueuses. Céphalées, asthénie, hyperthermie convulsions, agitation, Convulsions, paralysie pouvant évoluant vers la mort. Troubles cardiaques on été signalés.

Traitement : Lavage gastrique, si patient est vu précocement. Le traitement symptomatique, en soins intensifs dans les cas graves. Surveillance clinique.

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